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Un hymne d’action de grâce

À mes sœurs, à mes frères de la grande et belle famille diocésaine de Nicolet

Au moment où la fin du chemin se profile à l’horizon, vous vous doutiez bien qu’une dernière fois je vous ferais la conversation. Aujourd’hui, mon intention n’est pas de dresser un bilan. C’est plutôt le chant de Marie qui monte en moi. « Le Seigneur fit pour nous des merveilles. Saint est son Nom » (Lc 1, 49). Car la relecture de ces vingt-trois années de ministère me permet de discerner de nombreux fruits de l’Esprit. Portant sur chacune et chacun de vous un regard bienveillant, j’aime dire avec l’apôtre Paul : « De toute évidence, vous êtes une lettre du Christ confiée à notre ministère, (lettre) écrite non avec de l’encre, mais avec l’Esprit du Dieu vivant… sur votre cœur». Et avec l’apôtre j’ajoute également: « Ce n’est pas à cause d’une capacité personnelle que nous pourrions mettre à notre compte, c’est de Dieu que vient notre capacité » (2 Cor 3,3.5).

De fait, je demeure conscient de ma fragilité, de mes limites. Je réalise bien que le ministère que le Seigneur m’a confié, je l’ai porté en un « vase d’argile ». Et ma capacité s’appuyait vraiment sur la fidélité de Dieu, sur la force que donne son Esprit Saint. Il y avait là un appel quotidien à miser totalement sur son amour fidèle. Oui, « chaque jour Dieu est fidèle » (Psaume 51,3). J’ai puisé là un appel à avancer progressivement vers une maturité humaine, spirituelle et missionnaire toujours plus profonde.

GUIDÉS PAR LA PAROLE

De façon particulière, cette lettre pastorale me permet de souligner la place fondamentale de la Parole de Dieu dans l’exercice de mon ministère. Car j’ai toujours été convaincu de l’importance d’annoncer l’Évangile. À mes yeux, cette responsabilité l’emportait sur toutes les autres, si importantes soient-elles (cf Vatican II – La charge pastorale des évêques, no 12). À  la suite des apôtres,  je suis  bien conscient  d’avoir  été « mis à part pour annoncer l’Évangile » (Rm 1,1). À mon ordination épiscopale j’ai reçu le ministère de l’Évangile à plein cœur, acceptant « d’annoncer l’Évangile du Christ avec fidélité et sans relâche » (Rituel de l’ordination épiscopale).

Mais je suis bien conscient que l’évêque n’est pas le seul concerné par  l’annonce de l’Évangile. C’est aussi un devoir fondamental pour tous les membres du Peuple de Dieu. Et ici je reconnais avec émerveillement la part que « vous avez prise à l’Évangile » (Phil 1,5). Car, stimulée par le dynamisme de l’Esprit Saint, notre Église a senti l’appel pressant d’entrer dans un nouveau printemps d’Évangile. Et nous reconnaissons que la Parole de Dieu a occupé de plus en plus d’importance dans la dynamique de notre Église.

Déjà en 1993, nous nous lancions à l’aventure. Dans le cadre du projet Souffle, nous nous engagions dans une démarche communautaire qui devait nous amener à discerner ensemble le projet d’Église que nous étions appelés à vivre dans l’actuel contexte culturel. Et le cœur ouvert, à la manière des disciples, nous avons ouvert l’Évangile pour accueillir le rêve de Jésus sur notre Église. Ce qui nous a amenés à discerner l’appel à devenir une Église plus humaine qui accueillerait les gens à la manière de Jésus.

ENGAGÉS DANS UNE NOUVELLE ÉVANGÉLISATION

Plus près de nous, en 2001, à l’occasion d’un congrès diocésain, nous sommes entrés dans un large mouvement d’évangélisation. Nous souhaitions alors relever le défi d’annoncer l’Évangile, de dire notre foi dans un contexte culturel souvent étranger à la foi chrétienne mais porteur de valeurs qui peuvent devenir des pierres d’attente pour le message évangélique.

Ce congrès, nous l’avons vécu comme une nouvelle Pentecôte, comme une réponse de foi à l’appel du Seigneur: « Avance au large » (Lc 5,4). Il a éveillé chez nous le désir d’aller à la rencontre des gens, de leur proposer l’Évangile comme une source qui irrigue et rafraîchit  la vie, les joies, les peines et les sueurs des gens. Nous avons accepté d’entrer dans une nouvelle démarche missionnaire, de nous joindre à la caravane humaine pour entrer en dialogue, pour créer des liens et incarner l’Évangile dans notre quotidien.

Mais progressivement, une évidence s’est fait jour: pour relancer le service de l’Évangile,  nous avions besoin de redécouvrir la force et la richesse de communautés où se partage la Parole de Dieu et se vit la fraternité. C’est ainsi qu’est né notre plan quinquennal. Nous étions amenés à la formation de nouvelles paroisses qui nous permettraient de mieux ancrer la dynamique du projet d’évangélisation. Ainsi, les frontières paroissiales se lèveraient progressivement pour favoriser une plus grande concertation, un meilleur regroupement des forces du milieu et permettre ainsi de mieux relever les défis d’une nouvelle évangélisation dans une société en pleine mutation culturelle.

ANIMÉS PAR UN ESPRIT DE COMMUNION

À vrai dire, la fin de mon mandat nous permet de célébrer le chemin parcouru communautairement. Nous avons cheminé et grandi ensemble. Je peux même dire que vous avez contribué à façonner mon cœur de pasteur. Et tout au long de la route, le Seigneur marchait avec nous. Aujourd’hui encore, le Seigneur nous encourage à vivre avec passion le présent et à nous ouvrir avec confiance vers l’avenir. Il nous renouvelle sa confiance et nous assure de la présence de son Esprit pour que nous soyons ses témoins dans le monde d’aujourd’hui. Puissiez-vous accueillir avec un cœur disponible la mission qu’il vous confie! Que votre témoignage de communion permette aux gens de dire: « Oui, Jésus est vivant. Nous le voyons à l’amour que vivent ses disciples dans le service de l’Évangile ».

Aujourd’hui, c’est vraiment l’hymne d’action de grâce qui jaillit pour l’action de l’Esprit au cœur de notre Église, pour le climat de communion qui n’a cessé de se développer. De tout cœur, je vous remercie pour l’ouverture de votre cœur, pour le témoignage de votre foi, l’élan de votre espérance et la générosité de votre engagement. Si, pendant toutes ces années, j’ai pu blesser ou offenser des personnes, je leur en demande sincèrement pardon. Mais  « Dieu m’est témoin que je vous chéris tous dans la tendresse de Jésus Christ ».

Que le Seigneur vous bénisse et vous comble de sa tendresse! Qu’il vous accorde d’oser l’espérance!

† Raymond St-Gelais
évêque administrateur de Nicolet

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