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Mon passage d’une pastorale d’encadrement à une pastorale d’engendrement

Témoignage de Mme France Ramsay
Agente de pastorale à la paroisse St-François d’Assise de Drummondville
donné le vendredi 16 août 2013 lors de la remise des mandats pastoraux à la cathédrale de Nicolet.

Publié le 26 août 2013

 


France RamsayBonsoir,

On m’a demandé ce soir de vous partager en quelques mots l’expérience que je vis en pastorale jeunesse et comment ma relation aux jeunes et à leurs parents m’aide de plus en plus à vivre une pastorale d’engendrement.

Depuis quelques années, j’ai dû souvent me remettre en question dans ma mission d’accompagner les jeunes. Ma pastorale était quand même bien encadrée et bien préparée; je savais où je devais aller et où je devais les conduire.  Je me suis vite aperçue que mes préparations et mon bon vouloir n’étaient pas toujours ajustés à leur réalité.  Je savais que je devais quitter mes sécurités pour oser l’inconnu, la démaîtrise et me mettre à leur écoute.  Les jeunes s’attendaient à ce que je puisse être capable de créer avec eux des relations significatives.  Je me suis vite rendue compte que j’avais beaucoup à apprendre d’eux et que je ne devais pas avoir une attitude de quelqu’un qui sait tout et qui a beaucoup de choses à leur faire connaître sur Jésus.

M’être montrée un peu plus vulnérable m’a rendue plus humaine et accessible à eux.  Des liens de confiance se sont établis plus rapidement et tous les moments que je consacre dans mes rencontres à m’intéresser à eux, les écouter, les encourager et m’émerveiller portent des fruits de communion, de proximité et de partage.  Je crois beaucoup maintenant que ma mission d’évangélisation se vit dans le dialogue.  Je laisse les jeunes parler et dans ce qu’il me partage, je les questionne, je les interpelle, je leur parle de Jésus, de l’expérience extraordinaire qu’ils peuvent vivre avec lui.

Le fait de les laisser prendre parole dans un vrai dialogue, nos échanges deviennent très enrichissants et ma parole est plus ajustée. Ils ont moins l’impression que j’essaie de les remplir de mes connaissances.  Dans cette belle expérience, je découvre vraiment le Christ présent en eux. Ils sont habités par l’Esprit. J’apprends par eux de nouvelles façons de vivre la foi et de parler de Jésus.  Ils sont plus ouverts que l’on croit. Pour moi le grand changement pour passer d’une pastorale d’encadrement à une pastorale d’engendrement, c’est de croire que nous avons devant nous des personnes qui ne sont pas des cruches vides à remplir mais que Dieu est déjà à l’œuvre dans leur vie. Je peux m’enrichir et apprendre d’eux.  Nous cherchons ensemble, nous nous questionnons ensemble. Les jeunes sont des instruments de Dieu pour m’apprendre comment évangéliser aujourd’hui, comment parler de Jésus et leur fait connaître.

C’est en marchant vraiment avec eux, comme Jésus avec les disciples d’Emmaüs, que je me sens vraiment en mission.  Les jeunes maintenant me demandent des moments de prière plus longs.  Ils ont eux-mêmes trouvé le lieu qui leur convient pour prier.  Ils me partagent leurs idées et s’investissent dans ces moments privilégiés.  Quand l’horaire de la soirée a été trop rempli et que le temps de prière a été escamoté, ils me le disent chaque fois pour ne pas que ça arrive de nouveau.

Dans cette nouvelle approche d’une pastorale d’engendrement, je n’ai pas à « fabriquer de nouveaux chrétiens » comme dit si bien André Fossion dans son livre Dieu désirable. Toute personne est « capable de Dieu »; mon travail c’est de les rejoindre là où elles sont pour les accompagner sur le chemin de la reconnaissance de Dieu déjà là.

Un autre volet de ma mission, c’est d’accompagner les jeunes avec leurs parents au sacrement de confirmation.  J’ai rencontré personnellement des nœuds, des déceptions, des insatisfactions dans cette pastorale que je voyais plus de type « encadrement » et où je n’arrivais pas à retrouver ce que je vivais avec les jeunes dans mes mouvements. J’y voyais un grand écart entre ma pastorale jeunesse beaucoup plus missionnaire et en dehors de certains cadres.  Je n’arrivais pas à m’y épanouir et à y trouver un élan pour être là et vivre cette préparation avec eux. Je faisais tous mes efforts mais je restais avec une soif.

Je me disais souvent : « Ça ne se peut pas que je ne sois pas capable d’apporter dans cette mission du sacrement de confirmation quelque chose qui me fait vivre de ma pastorale jeunesse! »  Avec ma petite équipe d’animation pour la confirmation, nous avons d’abord fait une relecture de notre  approche, de nos contenus, etc.  Nous avons utilisé le Tableau des critères pour les 0-12 ans, un outil fourni par le diocèse pour bonifier nos parcours catéchétiques,et nous nous sommes penchés sur le critère qui parle de l’importance donné à la Parole de Dieu dans nos catéchèses.  À mon avis, notre réflexion a apporté un nouveau dynamisme spirituel dans nos rencontres. En plus, nous nous sommes rapprochés davantage des parents pour leur exprimer que nous avions besoin de leur participation et leur collaboration pour donner le meilleur à leur enfant.  La Parole de Dieu a donc pris une place plus importante dans nos rencontres et elle est présentée dans un langage très approprié qui rejoint l’expérience des enfants, ce qui touche aussi les parents.

Depuis deux ans, nos rencontres sont beaucoup plus agréables à vivre et plus nourrissantes pour moi.  J’ai davantage le sentiment d’évangéliser et d’être évangélisée par les jeunes et leurs parents. Il y a quelque chose de changé en moi.  J’ai envie de me faire plus proche des jeunes. J’ai même fait l’effort d’apprendre plusieurs noms d’enfants par cœur. Et lors des soirées, quand les enfants lèvent la main pour parler, je peux les nommer par leur nom. Ça fait une différence!

Cette année, j’ai vraiment été touchée par l’attitude des parents avec leur enfant.  Je me suis fais plus proche d’eux, je m’intéresse à eux, à ce qu’il vive avec leur enfant. À la fin de la première rencontre, j’étais émue et touchée par eux.  Je les trouvais beaux et ouverts à notre démarche. J’avais devant moi des parents assoiffés et intéressés d’être nourrie de la Parole de Dieu et la partager avec leur enfant.  J’aimerais que ça devienne un réflexe pour moi de me laisser toucher par les personnes que je rencontre sur ma route, m’émerveiller, reconnaître le beau dans les personnes qui sont là devant moi. Ça fait partie des transformations que je vis en lien avec la pastorale d’engendrement.

Dans ma mission d’évangélisation, ce que je retiens pour moi, c’est l’importance de croire en l’amour inconditionnel et démesuré de Dieu qui engendre les personnes à sa vie.  Il se passe quelque chose d’extraordinaire entre Dieu et les personnes, peu importe leur âge.  Le Seigneur prend toute sorte de chemin pour les rejoindre et les faire naître à sa vie.  Je suis donc invitée à une manière nouvelle de croire et de vivre pour favoriser cette rencontre.  Et reconnaître dans ces rencontres la présence de l’Autre avec un grand A.

Merci beaucoup de votre attention.


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