
Porteurs d’espérance demandés!
« Si le christianisme veut entrer en rapport avec une génération angoissée devant la catastrophe qui se profile à l’horizon, il n’est pas suffisant que nous professions notre foi, nous devons être porteurs d’espérance. »
(T. RADCLIFFE, Pourquoi aller à l’église, Cerf, p. 148.)
La question n’est pas simple! Si on demande à brûle-pourpoint à quelqu’un quel feu le fait vivre, on risque d’avoir des réponses hésitantes : je ne sais pas trop... il faudrait que j’y pense... un jour, je le saurai... Et pourtant, n’avons-nous pas besoin, dans notre monde souvent marqué par la morosité et même par le cynisme, d’entendre des personnes parler du feu qui est en elles et qui les motive, les met en route? N’avons-nous pas besoin de chrétiens et de chrétiennes capables de témoigner particulièrement de l’espérance qui est en elles? C’est sur cette prémisse que la priorité pastorale diocésaine de cette année s’est élaborée.
L’espérance
Cette invitation à témoigner de l’espérance n’est pas nouvelle, loin de là. Déjà, au temps des premières communautés chrétiennes, l’apôtre Pierre écrivait : « Vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en vous; mais faites-le avec douceur et respect. » (1 P 3, 15-16a). Mais quelle est-elle, cette espérance? On sent bien qu’elle n’est pas que simple optimisme, positivisme ou jovialisme. L‘espérance est de l’ordre de l’attitude, mais aussi de l’ordre de l’accueil d’une promesse qui répond à notre besoin fondamental de bonheur, de sens, d’amour, de vie en plénitude.
La « grande espérance »
Dans son encyclique sur l’espérance, Benoît XVI raconte l’histoire d’une jeune esclave africaine qui, en découvrant Dieu, découvre le sens de la « grande espérance » qu’elle définit ainsi : savoir que je suis définitivement aimée et que quel que soit ce qui m’arrive, je suis attendue par cet amour.
(Benoît XVI, lettre encyclique Spe Salvi.)
Pour les chrétiens, l’espérance se fonde sur un Dieu proche et aimant, elle se fonde sur le Christ ressuscité, vainqueur du mal et de la mort. L’espérance liée à cette promesse de vie ouvre sur un avenir, mais elle a des conséquences pour la vie actuelle des croyants : elle est moteur d’un comportement nouveau, contraire d’une attitude stoïque ou d’une résignation passive. Elle permet de lutter avec allégresse, non pas malgré l’épreuve, mais au milieu de l’épreuve1.
Espérance et communauté :
L’espérance dans le sens chrétien est toujours aussi espérance pour les autres. Elle est une espérance active par laquelle nous luttons pour que les choses n’aillent pas vers une issue perverse (Benoît XVI, Spe Salvi). Rendre compte de l’espérance, la nourrir et la mettre en action va former la communauté. Mais l’inverse est aussi vrai : la communauté, par ce qu’elle vit et partage ensemble, fait vivre et grandir l’espérance.
Dans le processus d’évangélisation
Les uns pour les autres, rendre compte de l’espérance qui est en nous, avec douceur et respect, voilà donc l’objectif de cette année pastorale. Cet objectif n’est pas étranger à l’orientation diocésaine pour l’évangélisation qui nous guide depuis 2001, orientation qui présente les trois grandes étapes du processus d’évangélisation : le temps de l’éveil à la rencontre de Dieu, le temps de l’initiation chrétienne et le temps de l’approfondissement de la relation à Dieu.
Un bref regard en arrière nous rappellera que nous avons d’abord, pendant plusieurs années, porté notre attention sur l’accompagnement des personnes qui s’éveillent à la rencontre de Dieu. Depuis deux ans, tout en continuant d’être présents aux personnes à l’étape de l’éveil, nous nous intéressons à l’étape de l’initiation chrétienne. Le premier constat que nous avons fait est que pour initier, il faut des communautés vivantes, et pour avoir des communautés vivantes, il faut initier! D’où l’orientation de l’année 2007-2008 : Des pousses de communautés pour que le monde croie et se sache aimé. L’an dernier, l’orientation nous invitait à donner une couleur particulière aux relations vécues dans les communautés et entre les communautés : Ayez du coeur les uns pour les autres. Ces relations de coeur et de mutualité contribuent à l’initiation chrétienne.
Cette année-ci, nous touchons à un autre aspect important de l’initiation chrétienne qui est de permettre de découvrir le fondement de l’espérance : le Christ ressuscité. Il ne s’agit pas seulement de pouvoir le nommer au niveau cognitif, mais bien d’en faire l’expérience. Toucher et goûter à l’espérance suscitée par la rencontre et la relation au Christ, voilà ce qu’on souhaite pour toute personne en initiation chrétienne.
Sans arrogance mais sans complexe!
« Si la perspective de la reconquête a disparu - et il le fallait -, la mission du christia-nisme reste entière comme « offre de sens » dans un monde à la recherche de raisons de vivre et d’espérer. Certes, la question du « sens » n’est pas l’exclusivité d’une religion ou d’une Église, quelle qu’elle soit, mais les chrétiens revendiquent la possi-bilité de s’inscrire, à part entière, au nom de leur foi, dans un débat décisif où tous les humains sont concernés. Conscients de leur fragilité et de leurs tâtonnements, ils entendent témoigner, sans arrogance mais sans complexe, de l’expérience qui les fait vivre et qu’ils estiment bonne pour chacun de leurs frères et soeurs en humanité. »
(J. RIGAL, Une foi en transhumance, 2009.)
Ouvrir nos capteurs d’espérance
L’invitation est donc faite : rendre compte de notre espérance mais, précise Pierre dans sa première lettre, avec douceur et respect! Rendre compte de façon ajustée, sans peur mais sans non plus imposer. Et, à la suite de l’année dernière, reste en filigrane la dimension de la mutualité. Le thème le dit bien : non seulement allons-nous parler du feu qui nous fait vivre, mais nous inviterons l’autre à nous raconter sa propre espérance.
Dans l’année qui vient, quels seront les lieux, quelles seront les situations qui deviendront des occasions de partage sur l’espérance qui nous habite, ou encore, des occasions d’accueillir l’espérance des autres? À nous de garder grands ouverts nos capteurs d’espérance!
1- Introduction à la première lettre de Pierre, dans la Traduction Oecuménique de la Bible (TOB).
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