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Le diocèse de Nicolet
Homélie du 125e anniversaire du diocèse de Nicolet
[11 juin 2010]

Solennité du Sacré Cœur de Jésus  – C –
125e anniversaire du diocèse
50e anniversaire d’ordination presbytérale
le 11 juin 2010 cathédrale

Mes sœurs et mes frères,

Nous célébrons le 125e anniversaire de notre diocèse et ce soir la Parole de Dieu nous permet de plonger au cœur de l’expérience fondamentale qui a marqué notre histoire. D’entrée de jeu, nous pouvons parler d’une histoire sainte, car elle est toute empreinte de la présence d’un Dieu plein de tendresse et de miséricorde. Et ce soir, il se présente à nous sous les traits du bon pasteur.

Rappelons d’abord la très belle description qu’en fait le prophète Ezéchiel. « J’irai à la recherche de mes brebis, et je veillerai sur elles. Comme un berger veille sur les brebis de son troupeau quand elles sont dispersées, ainsi je veillerai sur mes brebis et j’irai les délivrai dans tous les endroits où elles ont été dispersés un jour de brouillard et d’obscurité… C’est moi qui ferai paître mon troupeau, et c’est moi qui le ferai reposer… La brebis égarée, je la chercherai, l’égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la soignerai. Celle qui est faible, je lui rendrai des forces » (Ez 34,11-16).

Ces paroles du prophète nous laissent bien voir que notre Église a sa source dans le cœur même de Dieu. Mû par son cœur de Père, il s’est mis lui-même à la recherche de l’humanité. Mais pourquoi la recherche-t-il? Parce qu’elle s’est éloignée de lui… elle s’est laissé égarer par le mal présent dans l’histoire humaine. Mais notre Dieu est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour. Il ne se laisse pas désarmer par nos égarements. Il ne cesse de nous entourer des prévenances de son amour car son amour est fidèle.

Or la plus grande preuve de son amour, il nous l’a manifestée en nous donnant son Fils Jésus. Il « a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils pour que toute personne qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle » (Jn 3,10).

C’est donc en Jésus que Dieu est venu nous manifester sa tendresse. D’ailleurs, nous retrouvons la même attitude du bon pasteur dans l’évangile d’aujourd’hui. Le berger va à la recherche de la brebis égarée et ce qui nous émerveille, c’est sa réaction émotive, viscérale à la vue de sa brebis : « il la met sur ses épaules » dans un geste tout spontané, un geste amoureux, comme pour mieux faire sentir le contact physique et chaleureux de l’intimité recouvrée. Et il invite ses amis à la fête. Car « c’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion » (Lc 15,7).

Ici encore, nous sentons battre le cœur de Dieu puisque Jésus est celui qui, avec son cœur d’homme nous a aimés de l’amour même de Dieu. Il s’est engagé jusqu’au bout de l’amour, jusqu’au don total de lui-même sur la croix.

Mes sœurs et mes frères, la célébration du 125e anniversaire de notre Église diocésaine, nous permet de rendre grâce à Dieu pour la fidélité de son amour tout au long de notre histoire. Et pour les années qui viennent, c’est sur ce chemin de l’amour, sur la voie du don total de nous-mêmes, qu’il nous entraîne. Bien sûr, l’Église d’aujourd’hui ne présente pas le même visage que celui des débuts et même celui d’il y a cinquante ans, l’année de mon ordination presbytérale. En 1960, nous pouvions avoir l’impression d’être en situation de pouvoir avec toutes nos institutions et notre vaste réseau paroissial. Nous avions l’impression d’avoir la situation bien en main et l’avenir ne nous inquiétait pas.

Mais au fil des années, notre Église s’est fortement ressentie des profondes mutations qu’a connues la société québécoise. Et il faut bien le reconnaître, ces transformations nous ont ébranlés, si bien que l’inconfort et même l’angoisse ont pu dissiper l’assurance qui nous habitait. Progressivement, nous avons fait l’expérience de notre fragilité. Et au cœur même de cette expérience d’appauvrissement, l’Esprit Saint nous a amenés à un certain « lâcher prise ». Il a creusé en nous la pauvreté pour ouvrir notre cœur et nous tourner avec plus de confiance vers Dieu.

Petit à petit, l’Esprit  développait en nous l’attitude des disciples en nous centrant sur Jésus Christ et sur son Évangile. Il nous a appelés à devenir une Église plus humaine qui accueille les gens à la manière de Jésus. Et nourris de l’expérience d’un Dieu amoureux de l’humanité, nous sommes de plus en plus habités du désir d’être témoins de sa présence, de sa tendresse, de sa bonté pour les personnes et pour la réalité humaine, telle qu’elle est.

Par ailleurs, nous sommes bien conscients que notre société porte présentement un regard critique et même un jugement sévère sur l’Église. Ce qui ne nous empêche pas de nourrir la conviction profonde que Dieu aime toujours notre monde. Nous désirons aimer ce monde comme Dieu l’aime et faire en sorte que nos actions le donnent à voir. Cela suppose que nous apprenions nous-mêmes à accueillir son amour pour en vivre. Nous en arriverons ainsi à épouser le regard bienveillant du Christ qui se préoccupe de toute l’humanité et porte sur elle un regard plein de tendresse.

Cette expérience nous fait découvrir qu’être chrétien, être chrétienne, ce n’est pas seulement croire en Dieu. C’est s’accepter comme les mains et le regard de Dieu sur le monde. C’est lui apporter la tendresse de Dieu. De fait, comment voulez-vous que des gens croient en Dieu, s’il n’y a personne pour rendre visible son amour, s’il n’y a personne pour incarner cet amour dans leur vie de chaque jour? Ainsi, être disciple de Jésus Christ c’est ressentir en son cœur l’appel à devenir porteur, porteuse de la tendresse de Dieu pour chaque personne. Et ceci est lourd de conséquence pour notre Église, car cela signifie que nous avons  d’abord pour mission de rendre sensible l’amour de Dieu avant même de l’expliciter dans notre enseignement.

C’est dans cet esprit que nous entendons poursuivre la mission qui nous est confiée. Tournés résolument vers l’avenir, nous avons lancé un plan de cinq ans pour orienter l’avenir de nos paroisses. Et l’objectif est clair : développer des communautés chrétiennes qui puisent à l’Évangile leur élan missionnaire. À cet effet, des conseils d’orientation pastorale se sont formés. Et cette année, l’angle d’approche de ces conseils s’est précisé. Dans l’élaboration de leurs projets missionnaires pour chaque nouvelle paroisse, ils sont d’abord appelés à épouser le regard bienveillant de Dieu sur les personnes pour en mieux saisir les soifs, les souffrances, les désirs profonds. Nous voulons donc annoncer un Dieu de vie et proposer Jésus comme chemin d’humanisation. De cette façon notre Église se fera de plus en plus proche de toute personne et l’accueillera à la manière même de Jésus.

Mes sœurs et mes frères, notre célébration nous permet de reconnaître qu’un nouveau visage d’Église est en train de naître, même si tous ses traits n’émergent pas encore nettement. Un élan nouveau traverse notre Église diocésaine. Malgré sa fragilité elle puise dans l’amour fidèle de Dieu et dans le souffle de l’Esprit  une fécondité qui est source de renouvellement. Que notre célébration nous permette de communier à ce souffle d’espérance et à renouveler notre propre engagement à suivre le Christ sur la voie du don total de nous-mêmes dans l’humble service de nos sœurs et de nos frères en humanité!  Amen.

† Raymond St-Gelais
Évêque de Nicolet


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