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Toujours ensemble sur la route
Évêché, le 11 janvier 2010

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Mes chères collaboratrices, mes chers collaborateurs,

Nous venons de vivre le temps liturgique de Noël et, aujourd’hui encore, la figure de l’enfant de Bethléem me fascine. Peut-être parce que sa fragilité rejoint notre expérience. C’est qu’en présence d’un enfant, nous nous retrouvons devant un petit être faible. Mais en même temps l’émerveillement jaillit devant la vie qui se manifeste en lui. Oui, quoi de plus fragile qu’un enfant et, en même temps, quelles perspectives d’avenir! L’enfant, c’est la vie, c’est l’espoir.

N’est-ce pas là le message de Noël, message de pauvreté, mais aussi d’espérance. Dieu se fait proche de nous, il se rend même vulnérable en assumant notre fragilité. Il consent aux limites de notre condition humaine, il vient marcher avec nous, vivre jusqu’au bout l’aventure humaine et ouvrir des perspectives de vie, d’avenir.

Telle est pour nous la bonne nouvelle : avec l’Emmanuel, il y a de l’avenir. Notre expérience d’Église nous confronte souvent à la pauvreté de nos ressources humaines et matérielles. À certains moments nous pouvons ressentir de l’impuissance : l’avenir peut nous sembler incertain et même bloqué. Comment chasser l’inquiétude, l’angoisse que  fait jaillir en nous la décroissance que connaît notre Église?

C’est dans ce contexte d’appauvrissement que nous rejoint l’enfant de la crèche. Don de Dieu pour la vie du monde, il vient marcher avec nous et même accélérer le pas. Oui, « Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui » (1 Jn 4,9). C’est lui qui a l’initiative. « Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est lui qui nous a aimés » (1 Jn 4,10). C’est son projet que Jésus a la mission de réaliser avec nous selon une sagesse qui n’est pas nécessairement la nôtre ni celle du monde.

L’ESPRIT SAINT NOUS GUIDE

Il y a quelques décennies, nous avions l’impression d’avoir la situation bien en main. Nous pouvions envisager l’avenir selon des projections optimistes. Car les signes de l’Esprit ne manquaient pas. Pensons seulement à la floraison des mouvements de renouveau spirituel et à l’effervescence qu’ils suscitaient  dans nos communautés chrétiennes. Vraiment, il y avait de l’avenir.

Mais au fil des années, notre Église s’est fortement ressentie des profondes mutations que connaît notre société de plus en plus sécularisée, jalouse de son autonomie, polarisée par la consommation. Le Concile Vatican avait vu juste en situant l’Église dans le monde, une Église tributaire des courants culturels qui façonnent les mentalités et les comportements des gens. Et il faut bien le reconnaître, ces transformations nous ont ébranlés, si bien que l’inconfort et même l’angoisse ont pu dissiper l’assurance qui nous habitait. C’est comme si le tapis nous glissait sous les pieds : nous perdions nos points de repère, ne sachant trop quelle direction prendre. Une expérience vraiment « décapante »!

Mais progressivement, au cœur même de ces événements, l’Esprit Saint nous a amenés à un certain « lâcher prise ». Il creusait en nous la pauvreté pour ouvrir notre cœur et nous tourner avec plus de confiance vers Dieu. « Heureux les pauvres de cœur » (Mt 5,3). Il développait en nous cette conviction que l’Église, c’est d’abord un don à recevoir avant d’être un projet à bâtir. Il éclairait ainsi notre route.

Petit à petit, l’Esprit développait en nous l’attitude des disciples en nous centrant sur la Parole de Dieu. Et loin de nous refermer sur nous-mêmes, à l’abri des bruits du monde, comme dans un ghetto, il nous a plutôt appelés à devenir une Église plus humaine qui accueille les gens à la manière de Jésus. Comme au jour de la Pentecôte, il nous a fait sortir pour rejoindre les gens sur leur terrain, pour mieux les connaître, les aimer et aussi leur partager l’élan de vie que nous puisons dans nos rencontres avec le Ressuscité, pour devenir les témoins d’un Dieu plein d’amour, de tendresse et de miséricorde.

Sans trop le réaliser, nous nous sommes engagés dans un discernement spirituel : par quel chemin Dieu veut-il nous conduire? Ce long cheminement est un acte de foi et il ne peut se poursuivre que si nous acceptons de ne pas nous laisser submerger par les regrets de ce qui était hier une relative prospérité ou par l’angoisse de maintenir à tout prix ce que nous avons connu.

UNE BOUSSOLE QUI ORIENTE NOTRE MARCHE

Quel chemin emprunter? Ne cherchons pas des formules toutes faites. L’Esprit nous offre une boussole, une orientation fondamentale, dans l’insistance de Vatican II sur le Peuple de Dieu. C’est lui le dépositaire de la mission. L’avenir de  nos communautés chrétiennes reposera sur la détermination de ses membres à témoigner de l’Évangile. La présence ecclésiale sera portée par des chrétiennes et des chrétiens qui formeront communauté et, ensemble, essaieront de lire et vivre l’Évangile. Elles témoigneront d’abord par ce qu’elles seront et ce qu’elles vivront. Elles deviendront alors des communautés qui diront au monde que Dieu les aime. Comme pour les premières communautés, on dira d’elles : « Voyez comme ils s’aiment ».

Ainsi un nouveau visage d’Église se dessinera, où toute l’orientation pastorale ne reposera pas seulement sur les prêtres, agentes ou agents de pastorale, diacres. La vie d’une communauté chrétienne se construira à partir de la participation de ses membres. Mais il reviendra aux membres des équipes pastorales mandatées de discerner les dons que l’Esprit Saint distribue très généreusement dans le Peuple de Dieu et faire en sorte que ces dons soient mis en action dans la communauté. Le défi est d’oser appeler, y compris des personnes aux marges de l’Église. Mais souvent nous avons le réflexe de tout faire nous-mêmes, sous prétexte que ça va plus vite et que c’est mieux fait. Mais ici me revient une conversation que j’avais eue avec Dom Helder Camara en février 1989. « Un des signes d’espérance, disait-il, c’est de travailler avec les gens, non pour les gens. Même s’ils sont analphabètes, pauvres, ils sont capables de réfléchir… À court terme, le travail est plus lent, mais à la longue on prépare des leaders pour l’avenir ». Il y a là toute une sagesse pastorale!

De plus, il ne suffit pas d’appeler, il faut nourrir, alimenter la foi des gens. Il devient donc urgent de nous engager résolument sur le terrain de la formation des adultes à la vie chrétienne et, de façon particulière, avec les 20-40 ans. Car la présence de l’Église sera assurée par le témoignage de baptisés qui seront prêts à rendre compte de leur espérance. Demain de nombreuses églises se dresseront encore dans notre paysage. Des fidèles s’y rassembleront pour célébrer leur foi. On reconnaîtra la valeur patrimoniale de ces églises. Mais l’Église, le Temple spirituel, sera présente par les « pierres vivantes » qui se seront approchées du Christ, par des baptisés devenus responsables d’une présence communautaire et missionnaire dans leur milieu.

Mes chères collaboratrices et mes chers collaborateurs, au début de cette nouvelle année je vous souhaite paix et sérénité dans le ministère que le Seigneur vous confie. Que par sa fidélité à la Parole, Marie éclaire votre route et soutienne votre espérance!

† Raymond St-Gelais
évêque de Nicolet


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