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Fidélité du Christ, fidélité du Prêtre
Évêché, le 15 août 2009
En la fête de l'Assomption de la Vierge Marie

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À mes frères prêtres,

Le 19 juin dernier, en la solennité du Sacré-Cœur de Jésus, le pape Benoît XVI inaugurait une « Année sacerdotale », à l’occasion du 150e anniversaire de la mort du saint curé d’Ars. Mais cette heureuse initiative lui permettait surtout d’exprimer aux prêtres son affection et son admiration, en raison de l’importance fondamentale de leur service pour l’Église et pour l’humanité. Il s’émerveillait en particulier « de la courageuse fidélité de tant de prêtres qui, bien que confrontés à des difficultés et à des incompréhensions, restent fidèles à leur vocation : celle d’amis du Christ, qui ont reçu de Lui un appel particulier, ont été choisis et envoyés1 ».

« DEMEUREZ DANS MON AMOUR »

Comme prêtres, cette année nous stimulera à un engagement de renouveau intérieur pour que notre témoignage évangélique soit plus fort et plus incisif dans le monde d’aujourd’hui. Ce qui donne tout son sens au thème que le pape a choisi : « Fidélité du Christ, fidélité du Prêtre ». Il souligne ainsi l’initiative amoureuse du Christ dans notre vie et en même temps l’indispensable adhésion cordiale de notre liberté aimante. Une véritable histoire d’amour!

« Demeurez dans mon amour » (Jn 15,9). S’il est vrai que cette invitation de Jésus s’adresse à chaque baptisé, elle retentit avec une plus grande force dans notre cœur de prêtre. Il y a là un appel à une communion radicale avec le Seigneur Jésus, puisque nous participons à sa mission, lui le Fils, l’envoyé du Père. Ce n’est qu’en Lui que nous pouvons réaliser notre ministère. Et sa parole est toujours pertinente : « En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15,5). Pour être des envoyés de Jésus, comme lui-même est l’envoyé du Père (cf. Jn 13,20), nos capacités ne suffisent pas, ni même notre labeur.

Il est vital que nous « vivions avec lui » (cf. Mc 3,14) en communion avec lui, que nous cherchions toujours à travailler comme des envoyés qui participent à l’unique mission du Fils. En ce sens, cette année sacerdotale est pour chacun de nous une grâce, une occasion propice pour croître dans l’intimité de Jésus.

LE CURÉ D’ARS, UN PASTEUR TOUJOURS ACTUEL

Tout au long de cette année, nous serons encouragés à partager la charité pastorale du curé d’Ars. « Il était très humble, mais il avait conscience d’être un don immense à son peuple2 ». D’ailleurs, lui-même l’exprime bien : « Un bon prêtre, un pasteur selon le cœur de Dieu, c’est là le plus grand bien que le Bon Dieu puisse accorder à une paroisse, et un des plus précieux dons de la miséricorde divine3 ».

Bien sûr, nous ne pouvons isoler les prêtres de l’ensemble des baptisés. Ils « sont des frères parmi leurs frères, membres de l’unique et même corps du Christ dont la construction a été confiée à tous4 ». Mais si tous les baptisés participent à la mission du Christ, tous n’ont pas la même fonction. Pour leur part, les prêtres partagent cette mission d’une façon particulière par la proclamation de l’Évangile et la célébration des sacrements. On ne saurait « se passer » du ministère ordonné.

La première préoccupation du curé d’Ars fut la formation à la vie chrétienne. Il s’y employa par la catéchèse et la prédication. Mais il enseignait surtout par le témoignage de sa vie. On peut dire qu’il se situait déjà dans les perspectives du concile Vatican II pour qui « les prêtres, comme coopérateurs des évêques, ont pour première fonction d’annoncer l’Évangile de Dieu5 ».

Mais que signifie pour nous cette mission d’évangélisation? Telle est bien la question que nous pose le curé d’Ars. À ce sujet, Benoît XVI nous livre une réflexion vraiment éclairante. « Pour être des ministres au service de l’Évangile, l’étude et une formation pastorale soignée et permanente est certainement utile et nécessaire, mais cette “science de l’amour” que l’on n’apprend que dans le “cœur à coeur” avec le Christ est encore plus nécessaire6 ».

Nous pourrons ainsi devenir des guides solides et éclairés pour les personnes que le Seigneur confie à notre sollicitude pastorale. Car aujourd’hui, comme dans les temps difficiles du curé d’Ars, il importe au plus haut point que par toute leur vie les prêtres se distinguent par la force de leur témoignage évangélique. Oui, vraiment, elle est toujours pertinente cette observation de Paul VI : « L’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres, ou, s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins7 ».

AU CŒUR, IL Y A L’EUCHARISTIE

Nous le savons, l’eucharistie est à la fois « source et sommet » de la vie chrétienne. D’où la place primordiale qu’elle occupe dans le ministère et la vie des prêtres. Le témoignage du saint curé d’Ars l’illustre à merveille. Il était convaincu que toute la ferveur de la vie d’un prêtre en dépend. « La cause du relâchement du prêtre, disait-il, c’est qu’on ne fait pas attention à la Messe! Hélas! mon Dieu! qu’un prêtre est à plaindre quand il fait cela comme une chose ordinaire8 »!

Mais lorsque l’eucharistie est célébrée avec une foi authentique et renouvelée, elle transforme, elle modèle et façonne la vie du prêtre. Il trouve même dans la présidence eucharistique le fondement du ministère de présidence de la communauté. Le prêtre est par l’eucharistie et pour l’eucharistie : en elle l’Esprit sanctifie l’Église, mais sanctifie également le prêtre. C’est dire que par l’eucharistie nous édifions l’Église et nous participons à l’action du Bon Pasteur. Puisse la célébration eucharistique devenir de plus en plus le cœur de notre ministère!

MINISTRE DE LA MISÉRICORDE DIVINE

Par ailleurs, le curé d’Ars a su transformer le cœur et la vie de tant de personnes dans la célébration du pardon. C’est qu’il nourrissait cette conviction : « Ce n’est pas le pécheur qui revient à Dieu pour lui demander pardon, mais c’est Dieu lui-même qui court après le pécheur et qui le fait revenir à lui9 ». On a l’impression de retrouver ici la figure du père de la parabole qui court se jeter au cou de son fils cadet, le couvre de baiser, fait la fête puisque son fils est revenu à la vie (cf. Lc 15, 20-24).

Au fil des années, la foule croissante des pénitents le retenait au confessionnal jusqu’à seize heures par jour. Et pourtant, comme le rappelle le pape,  « au temps du saint curé d’Ars, en France, la confession n’était pas plus facile ni plus fréquente que de nos jours, compte tenu du fait que la tourmente de la Révolution avait étouffé pendant longtemps la pratique religieuse. Mais il s’est efforcé de bien des manières… à faire redécouvrir à ses paroissiens le sens et la beauté de la Pénitence
sacramentelle10 ».

Le témoignage du curé d’Ars nous rappelle que le pardon des péchés est un don pascal des plus précieux du Christ, de  même  qu’il  est une  mission  pour  notre  Église. « Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus » (Jn 20,22). Cette parole de Jésus est proclamée juste après le souhait du Seigneur  adressé à ses apôtres, au soir de Pâques : « La paix soit avec vous! Comme le Père m’a envoyé, à mon tour je vous envoie  » (Jn 20,21). Ce sacrement de paix, de guérison, de libération et de mission mérite pour cela notre respect et notre souci pastoral le plus grand.

Au cours de cette année, nous sommes appelés à reconsidérer la grandeur de ce sacrement que le Christ a laissé à son Église pour le pardon des péchés. Nous serons même amenés à nous interroger sur notre pastorale du sacrement du pardon et de la réconciliation. Quelle place lui accordons-nous dans notre ministère et dans notre propre cheminement de disciple du Christ? Offrons-nous de bon gré diverses opportunités aux fidèles pour vivre ce sacrement?

Il y a là un enjeu pastoral majeur. Il s’agit de réveiller et d’éduquer chrétiennement le désir de la réconciliation qui sommeille en toute personne. Il convient avant tout de faire entendre aux fidèles l’appel à la conversion qui se trouve au centre de la prédication du Royaume : « Le Royaume de Dieu est proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle » (Mc 1,15). L’Église a besoin de prêtres qui aident les fidèles à faire l’expérience de l’amour miséricordieux du Seigneur et qui en sont eux-mêmes les témoins.

« PRIEZ LE MAÎTRE DE LA MOISSON »

Mes chers confrères, au début de cette année sacerdotale, j’ai voulu vous partager ces réflexions qui se veulent une approche bien simple de la grandeur et de la beauté de notre ministère. Puissent-elles nous amener à mieux cerner notre identité comme prêtres!

Par ailleurs, le prêtre ne travaille pas seul, puisque l’Esprit Saint suscite dans le corps du Christ une diversité de ministères. Dans l’exercice quotidien de notre mission pastorale, nous goûtons les bienfaits du travail d’équipe avec des agentes et agents de pastorale, avec des diacres et de nombreux laïcs aux charismes diversifiés. Il y a là une réelle source de dynamisme, une réelle source d’espérance, un gage de succès pour la mission qui nous est confiée.

Il n’en demeure pas moins que le ministère du prêtre est indispensable en Église. D’où l’importance de porter en notre cœur le souci de la relève. Cette année, peut-être pour la première fois dans notre diocèse, nous n’avons aucun futur prêtre au Grand Séminaire. Personnellement, je vis cette situation comme une souffrance. J’y vois un certain signe de stérilité pour notre Église. Toutefois, je demeure convaincu que le Seigneur continue d’appeler. À nous de discerner ses appels!

Comme nous y invite le Seigneur, faisons monter une prière fervente vers le Maître de la moisson. Mais nous sommes aussi inviter à poser des gestes concrets. L’an dernier, un groupe de cheminement vocationnel s’est mis en route et nous entendons poursuivre cette année et le groupe  pourrait être enrichi. Il suffirait que vous nous proposiez le nom de jeunes adultes engagés dans vos communautés. Cette expérience offre un beau lieu de discernement. Elle permet également une expérience communautaire de partage et de foi qui favorise la croissance de « l’être disciple » des participants. Quelle joie si  vous me proposiez des noms dans les prochaines semaines!

En vous souhaitant une bonne année sacerdotale,  je  vous redis toute mon  amitié « dans la tendresse de Jésus Christ ».

† Raymond St-Gelais
Évêque de Nicolet



1 Benoît XVI – Lettre aux prêtres, le 16 juin 2009

2 Benoît XVI –Lettre aux prêtres, le 16 juin 2009

3 Bernard Nodet - « Le Curé d’Ars, Sa pensée, Son cœur », p. 101

4 Vatican II – Ministère et vie des prêtres, no 9

5 Vatican II - Ministère et Vie des prêtres, no 4

6 Benoît XVI – Homélie du 19 juin 2009

7 Paul VI - « L’évangélisation dans le monde moderne », no 41

8 Bernard Nodet – id. p. 105

9 Bernard Nodet, id. p. 128

10 Benoît XVI – Lettre aux prêtres, le 16 juin 2009


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