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Ta Parole comme un buisson ardent
[Évêché, le 1er novembre 2008
En la fête de tous les Saints]

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Mes chères collaboratrices, mes chers collaborateurs,
Mes chères sœurs et mes chers frères consacrés,

« Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, à vous aussi, afin que vous aussi, vous soyez en communion avec nous » (1Jn 1,3). Ces paroles de saint Jean expriment bien les sentiments qui m’habitent en m’adressant à vous.

Du 5 au 26 octobre, j’ai eu la joie de vivre une très riche expérience de communion en participant, à Rome, au synode des évêques sur « la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église ». C’est probablement la plus belle expérience de collégialité épiscopale qu’il m’ait été donné de vivre. En présence du successeur de Pierre, deux cent cinquante évêques de tous les continents ont approché, dans la foi, le mystère de la Parole de Dieu. À l’écoute les uns les autres nous sommes devenus les témoins émerveillés de la vitalité et de la puissance de la Parole de Dieu dans des contextes culturels et sociaux tellement différents. Oui, vraiment, la Parole se fait chair de diverses manières dans l’ensemble des pays du monde. Elle est le dialogue de Dieu avec toute l’humanité, un dialogue qui atteint son point culminant en Jésus Christ.

L’ACCUEIL D'UNE PAROLE VIVANTE

Mais si Dieu parle, il sollicite une réponse. Il s’agit d’une parole d’ami, d’une  parole qui respecte la liberté mais demande en même temps d’être écoutée, accueillie dans la foi. D’où l’importance que chaque croyant, chaque croyante, chaque communauté entrent dans une intimité toujours plus grande avec la Parole de Dieu. Elle doit être accueillie comme une réalité vivante et non pas comme une lettre morte. En ce sens, j’ai trouvé éclairante et interpellante la méditation du pape au tout début de nos travaux.

« Si nous nous arrêtons à la lettre, nous n’avons pas nécessairement compris réellement la Parole de Dieu. Nous risquons de ne voir que des paroles humaines et de ne pas trouver en leur sein le véritable acteur, l’Esprit Saint. Nous ne trouvons pas dans les paroles la Parole. Saint Augustin, dans ce contexte, nous rappelle les scribes et les pharisiens consultés par Hérode au moment de l’arrivée des mages. Hérode veut savoir où serait né le Sauveur du monde. Ils le savent et donnent la réponse juste : à Bethléem. Ce sont de grands spécialistes, qui connaissent tout. Et cependant, ils ne voient pas la réalité, ils ne connaissent pas le Sauveur. Saint Augustin dit : ils sont des indicateurs de direction pour les autres, mais eux ne se déplacent pas. C’est également un grand danger dans notre lecture de l’Écriture : nous nous arrêtons aux paroles humaines, aux paroles du passé, et nous ne découvrons pas le présent dans le passé. Nous n’entrons pas ainsi dans le mouvement intérieur de la Parole, qui en mots humains nous cache et nous ouvre les paroles divines » (Benoît XVI, le 6 octobre 2008).

Nous faisons toujours face au caractère inépuisable de la Parole de Dieu. Elle est comme le buisson ardent qui brûle et ne se consume pas. Et c’est la beauté de notre ministère de permettre à toute personne d’accéder à cette Parole de vie. Mais il importe, en premier lieu, que nous devenions nous-mêmes d’intimes auditeurs, auditrices de la Parole, que nous l’abordions avec un cœur qui prie et qui contemple. L’unique attitude adéquate s’avère donc la prière : demeurer longtemps penchés sur les Écritures pour qu’elles puissent s’enraciner dans nos cœurs. À l’exemple de Marie qui contemplait et méditait en son cœur les paroles du Fils et les événements, ainsi sommes-nous appelés à faire place en nous-mêmes à la Parole vivante de Dieu.

L’ANIMATION BIBLIQUE DE TOUTE LA PASTORALE

De la pastorale biblique, les Pères du synode ont proposé de passer à l’animation biblique de toute la pastorale. Et ce passage commence à voir le jour chez-nous. En effet, nous sommes témoins du cheminement de la Parole de Dieu dans la dynamique pastorale de notre Église. Il y a là un réel motif d’action de grâce. Mais la route à parcourir est encore longue. Il est urgent même de presser le pas afin de développer une approche la plus large possible de la Parole de Dieu, une Parole qui ouvre un chemin à la rencontre du Christ et à une vie d’amitié avec Lui. Car comment initier à la vie chrétienne sans mettre les personnes en contact direct avec Jésus Christ par les Saintes Écritures? Il est vraiment vital d’y fonder la vie et la mission de notre Église. Autrement, nous construisons sur le sable.

LA PAROLE, SOUFFLE VITAL DE LA CATÉCHÈSE

Ces dernières années, nous avons beaucoup investi dans les parcours d’éveil à la foi et d’initiation à la vie chrétienne à l’intention des parents et de leurs enfants. Je suis vraiment émerveillé de la foi et de la générosité des agentes et agents de pastorale qui, appuyés de nombreux parents, consacrent tellement d’énergies à ce vaste chantier d’évangélisation. De tout mon cœur je rends hommage à leur engagement dans un projet aussi vital pour nos familles et nos communautés chrétiennes.

Mais encore là, il nous faudra aller de l’avant et envisager un projet catéchétique enraciné dans la Parole de Dieu. Car il existe une relation vitale entre Bible et catéchèse. C’est par l’écoute de la Parole que la foi naît et se développe, comme en témoigne l’apôtre Paul : « Comment croiraient-ils en lui (le Christ), sans l’avoir entendu? Et comment l’entendraient-ils, si personne ne le proclame ?... Ainsi la foi vient de la prédication et la prédication, c’est l’annonce de la parole du Christ » (Rm 10, 1.17).

Bien sûr, une démarche catéchétique se déploie dans le temps et suppose certaines étapes à franchir. À ce sujet, la démarche de Jésus avec les disciples d’Emmaüs a souvent été évoquée au synode. Mais la Parole de Dieu doit devenir le souffle vital de la catéchèse. Il ne s’agit pas de l’aborder comme un simple outil didactique ou comme un appui au contenu. Nous ne parlons pas d’utiliser la Bible, mais de la servir comme des disciples. Qu’elle ouvre les cœurs et conduise à éprouver la fascination de la figure du Christ.

Cette perspective nous laisse voir la nécessité d’assurer à nos catéchètes une plus grande familiarité avec les Saintes Écritures. De même la famille devrait devenir un espace fondamental pour l’accueil de la Parole de Dieu et, de façon particulière, nous devrions appuyer les parents dans leur mission première d’éducateurs de la foi.

LA LITURGIE, LIEU PRIVILÉGIÉE DE RENCONTRE AVEC LA PAROLE

La liturgie dominicale demeure un lieu privilégié de rencontre avec la Parole de Dieu. Et pour une majorité de fidèles, c’est la seule de la semaine. Mais d’abord, il est bon de rappeler l’unité profonde entre la liturgie de la parole et la liturgie eucharistique. Nous parlons régulièrement des deux tables, comme si elles étaient juxtaposées, indépendantes l’une de l’autre. Elles sont au contraire intimement liées et même s’appellent l’une l’autre comme le laisse voir l’expérience des disciples d’Emmaüs au soir de Pâques. La Parole de Jésus vient brûler leur cœur et, à la fraction du pain, leurs yeux s’ouvrent et ils reconnaissent le Ressuscité. Un même mouvement s’intensifie de la Parole à l’Eucharistie, développant ainsi une rencontre vivante qui suscitera un véritable élan missionnaire.

  1. L’HOMÉLIE

À noter que la démarche de Jésus avec les disciples d’Emmaüs présente bien l’homélie. Attentif au questionnement et même au désarroi de ses compagnons de route, il leur offre l’éclairage de l’Écriture. Il ne sermonne pas, ne fait pas la morale, il leur ouvre les Écritures. « Commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur explique dans toutes les Écritures ce qui le concernait » (Lc  24,27).

Nous touchons ici le rôle premier de l’homélie, celui d’introduire plus profondément dans le mystère de la Parole et l’actualiser, de telle sorte qu’elle permette de toucher le cœur des personnes et rejoigne l’aujourd’hui de la communauté rassemblée.

Les Pères du synode ont fréquemment abordé le thème de l’homélie. Et tout en reconnaissant les énormes progrès réalisés depuis Vatican II, certains ont déploré un certain engourdissement de la parole : beaucoup d’homélies ne tiennent pas en éveil, n’amènent pas à une rencontre véritable avec le Seigneur. Par ailleurs, quand la Parole est proclamée et actualisée de façon incisive, elle étanche la soif spirituelle des fidèles et leur fournit la nourriture qu’ils attendent. Et encore là, la rencontre vivante avec le Christ donnera à l’homéliste la force de témoignage nécessaire pour pénétrer véritablement dans l’aujourd’hui de la Parole.

  1. LA PROCLAMATION

Tout en reconnaissant l’importance capitale de l’homélie, les évêques ont aussi souligné l’importance de soigner la proclamation. Le Concile Vatican II affirme que « c’est le Christ qui parle tandis qu’on lit dans l’Église les Saintes Écritures » (Constitution sur la Parole de Dieu, no 7). En sommes-nous vraiment convaincus? Ce n’est pas toujours évident lorsque on entend certaines personnes lire des passages de l’Écriture à partir du Prions en Église, donnant parfois l’impression de ne pas vraiment comprendre ce qu’elles lisent. Je ne doute pas de leur bonne volonté. Mais il nous faut tout mettre en œuvre pour que la Parole proclamée ait un impact dans l’assemblée. C’est d’abord une courtoisie pour les personnes qui écoutent, mais surtout un acte de foi envers Dieu qui parle. Nous sommes, d’abord et avant tout, serviteurs et servantes de la Parole, conscients de lire à l’assemblée une lettre d’amour que Dieu lui adresse. Cela suppose que la proclamation se vive dans un esprit de foi, dans un esprit de prière.

Il ne s’agit pas de décourager les personnes qui acceptent bien volontiers de rendre un service indispensable dans la communauté. Mais on les valoriserait sans doute et on développerait leur confiance en les réunissant régulièrement pour partager, dans un climat de prière, les passages de l’Écriture qu’elles auront à proclamer. Cette initiative pourrait même donner naissance à de bons groupes de partage biblique. Et pourquoi pas leur assurer en surcroît, une formation à la lecture publique?

« ALLEZ, JE VOUS ENVOIE SEMER LA BONNE NOUVELLE »

Il y aurait encore beaucoup à écrire, car l’annonce de la Parole de Dieu appelle de multiples champs d’intervention. Mais en même temps, il faut bien reconnaître que  nous sommes confrontés à de nombreux obstacles : difficultés de communication, résistance  de la culture ambiante, sans compter l’ignorance d’un grand nombre de personnes. Mais la principale difficulté ne serait-elle pas d’abord à chercher en nous-mêmes? Sommes-nous en mesure d’accomplir la tâche que le Seigneur nous confie? Voilà pourquoi, il est bon de nous tourner vers le Seigneur et, comme des disciples, accueillir la parole de confiance qu’il nous livre au chapitre quatre de l’évangile de Marc.

D’abord, la parabole du semeur. Jésus nous dit : certes il y a des  obstacles et vous les voyez, mais il y a toujours quelque part de la bonne terre qui portera du fruit. Semez donc : il y aura toujours une moisson. Le semeur palestinien n’avait pas un champ bien préparé et pourtant il semait partout. Car il savait qu’il y avait quelque part une terre fertile. Première loi de l’annonce : semez et semez toujours : il y aura toujours de la bonne terre. Seulement vous ne savez pas où.

Deuxième loi de l’annonce : la foi du semeur dans la puissance de la semence. Le semeur sème puis il va se coucher sans se soucier. Le lendemain il se lève, mais il ne touche pas au grain jeté en terre la veille. Il sait bien que « d’elle-même la semence produit du fruit ». Le succès ne dépend pas des soucis ni de la hantise de vérification. Semez donc, semez sans trop vous soucier, sans vouloir tout contrôler : la moisson viendra, car la Parole de Dieu tire son efficacité d’elle-même. Elle n’est pas magique pour autant. Car la magie fait fi de la liberté de celui,  de celle qui accueille. La force de la parole implique plutôt la liberté d’une réponse. C’est là précisément la puissance propre à la Parole de Dieu. Elle n’élimine pas la liberté de l’auditeur ou de l’auditrice, elle la suppose.

Troisième loi : celle de la disproportion entre ce que nous investissons et l’abondance du résultat. Un petit grain de sénevé devient le plus grand des arbres et tous les oiseaux du ciel peuvent y faire leur nid.  Il y a  ici une certaine exagération, mais la parabole veut souligner le contraste : les lois  du Royaume de Dieu ne sont pas celles du système bancaire où plus on investit, plus cela rapporte. Non. La loi du Royaume casse la logique de la proportionnalité. La Parole de Dieu peut bien être la plus petite des semences, la moisson est toujours hors de proportion avec la semence. Donc, semez et ne regardez pas à la petitesse et à la vulnérabilité du grain de sénevé.

Mes sœurs et mes frères, en toute amitié je vous ai partagé quelques facettes d’une expérience pleine d’espérance. Au terme de cette conversation, je prie l’Esprit Saint de nous aider à approcher la Parole de Dieu, de manière à nous en nourrir et à vivre « non seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Dt 8,3; Mt 4,4). Que par sa Parole, il nourrisse et fortifie notre espérance!

Veuillez croire en mon amitié « dans la tendresse de Jésus Christ ».

† Raymond St-Gelais
Évêque de Nicolet


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