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Version imprimable de la lettre pastorale
Mes chères collaboratrices, mes chers collaborateurs,
Le pape Benoît XVI a choisi de consacrer à l’apôtre Paul une année spéciale, du 28 juin 2008 au 28 juin 2009, à l’occasion du bimillénaire de sa naissance, que les historiens situent entre 7 et 10 après Jésus Christ. En déclarant cette année jubilaire, le pape a voulu rappeler que l’Église a besoin plus que jamais de témoins semblables à l’apôtre Paul, d’hommes et de femmes saisis par l’amour de Dieu, capables de donner leur vie pour le Christ.
FASCINÉ PAR LE CHRIST
Cette année jubilaire se déroulera de manière privilégiée à Rome. Mais dans notre diocèse, elle aura l’avantage de nous rejoindre dans notre mission d’évangélisation. Sans bousculer le déroulement de notre année pastorale, ce jubilé sera une source d’inspiration. Il nous encouragera à lire et méditer saint Paul, à mettre nos pas dans les siens, à nous laisser conduire par l’Esprit et entrer dans un dynamisme missionnaire porteur d’espérance. Nous nous laisserons interpeller par ce pionnier de l’évangélisation, par ce personnage fascinant qui nous donne le témoignage d’un homme dont la vie a été totalement bouleversée par l’amour de Dieu.
L’apôtre Paul est un homme de feu, au cœur aimant, à la foi vive, à l’espérance intrépide, un homme qui a fait l’expérience d’une rencontre qui a bouleversé sa vie : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Gal 2,20). Paul, le pécheur, le persécuteur, a fait l’expérience que Celui qui l’a saisi est un Dieu qui aime inconditionnellement, qui aime sans mesure : « Il m’a aimé et s’est livré pour moi » (Gal 2,20).
Au cœur de la vie de Paul, il y a désormais une passion, la Croix de Jésus Christ! Le Dieu dont Paul fait l’expérience, est un Dieu crucifié, un Dieu qui, par sa Croix, a montré jusqu’où va son amour pour l’humanité, un Dieu qui s’est livré les bras ouverts pour le salut de l’humanité. Et parce qu’il s’est abaissé jusqu’à la mort, à la mort sur une Croix, il a pu nous relever, nous ouvrir un chemin d’amour et de vie. Dès lors toute la vie de Paul a été un cri adressé à tout homme, à toute femme : laisse-toi aimer par Celui qui vient à ta rencontre, quelle que soit ta situation, laisse-toi réconcilier avec Dieu, accueille l’Esprit qui fait de toi un enfant bien-aimé du Père.
UN HOMME EN MARCHE
Les Actes des Apôtres, les Épîtres nous tracent à grands traits le portrait de Paul, mais un trait domine : Paul est un homme en marche! Alors qu’il est encore un zélé pharisien, il va de ville en ville arrêter les chrétiens. Devenu chrétien, il poursuit désormais sa route avec le Christ, sur mer, sur terre, nuit et jour, à temps et à contretemps, libre ou enchaîné. Il témoigne que ce Dieu qui l’a appelé, lui le persécuteur, ce Dieu appelle toute personne à recevoir son amour.
Le chemin qu’il a parcouru est éloquent. Mais il ne se berce pas d’illusions. Il ne prétend pas pour autant être arrivé au but ni déjà devenu parfait. Il est en route. « Certes, je ne suis pas encore arrivé, je ne suis pas encore au bout, mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir, comme j’ai moi-même été saisi par le Christ Jésus » (Phil 3,12).
UN CŒUR DE PASTEUR
Missionnaire infatigable, Paul a donc parcouru des milliers de kilomètres pour annoncer l’Évangile et des communautés sont nées. Paul se révèle un pasteur qui prend soin de son troupeau avec tendresse et autorité. Il ne se confie pas longuement dans ses lettres mais cependant il est possible de percevoir ce lien de profonde amitié qui l’unit aux communautés qu’il a fondées et qu’il visite. Comme pasteur, il exhorte, il encourage, il fortifie. Aux Thessaloniciens, il ouvre son cœur.
« Nous avons été au milieu de vous pleins de douceur, comme une mère réchauffe sur son sein les enfants qu’elle nourrit. Nous avions pour vous une telle affection que nous étions prêts à vous donner non seulement l’Évangile de Dieu, mais même notre propre vie, tant vous nous étiez devenus chers… Et vous le savez : traitant chacun de vous comme un père, ses enfants, nous vous avons exhortés, encouragés et adjurés de vous conduire d’une manière digne de Dieu qui vous appelle à son royaume et à sa gloire » (1 Th 2,2-8. 11-12).
LA COMMUNAUTÉ, LIEU DE MUTUALITÉ
Il y aurait beaucoup à écrire sur les communautés de Paul, mais en raison du thème de notre priorité pastorale, « Ayez du cœur les uns pour les autres », il est éclairant de souligner une expression omniprésente chez Paul, une expression qui a l’air banale, mais qui exprime bien sa vision de l’Église : « les uns les autres ». Qu’il me suffise ici de citer deux exhortations : « Soyez unis les uns aux autres par l’affection fraternelle, rivalisez de respect les uns pour les autres » (Rm 12,10). « Soyez bons les uns pour les autres, ayez du cœur, pardonnez-vous mutuellement comme Dieu vous a pardonnés dans le Christ » (Eph 4,32).
Chaque membre a sa place dans la communauté, une place particulière. Paul ne cesse d’insister sur l’importance de la communion, de l’unité, de la charité fraternelle. Pourquoi une telle insistance? Une question hante Paul : comment la vie des communautés peut être la suite et le reflet de la vie du crucifié-ressuscité? Elles le sont par l’amour mutuel, l’unité, la communion, le don réciproque, le pardon… « L’expression « les uns les autres » laisse entrevoir une Église de la mutualité, comme si la Bonne Nouvelle de Jésus messie crucifié et ressuscité, faiblesse et folie de Dieu, invitait à entrer, au moins entre disciples, dans une dynamique sociale différente, exigeante mais innovante, transformante mais risquée. Elle requiert de s’exposer à l’autre et de le recevoir, chacun dans ses fragilités et ses forces; elle est source et fruit de la confiance, les uns envers les autres ». (Daniel Cadrin, « Faire Église : entre constructions et relations », dans Cette catéchèse qui bouscule, 2008, p. 99).
À L’ÉCOLE DE PAUL
Quelle source d’inspiration! Aujourd’hui encore, c’est l’heure de Paul… Pourquoi ne pas profiter de cette année jubilaire pour développer une plus grande familiarité avec ce héraut de l’Évangile? Missionnaire, il est soucieux de porter la Bonne Nouvelle de ville en ville. « Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile! » (1 Cor 9,16), véritable cri du cœur d’un homme séduit par le Christ (Phil 3,12).
Pourquoi, cette année, ne pas ouvrir la Bible et lire personnellement une lettre à la fois, au complet et sans hâte? Par exemple, la correspondance de Paul avec les Corinthiens est particulièrement intéressante, car les dossiers qui y sont accumulés pourraient figurer avantageusement parmi les dossiers qui sont à l’ordre du jour dans notre Église. De plus le Paul des lettres aux Corinthiens est peut-être le plus facile d’accès et le plus actuel.
Le Paul de la lettre aux Philippiens est aussi très attachant. C’est le converti qui connaît le Christ, qui traite le passé comme il se doit, qui répond à l’appel intérieur au dépassement, qui s’élance vers l’avenir dans une espérance et une foi sans faille. C’est aussi dans cette lettre que Paul nous livre l’essence même de sa christologie, autrement dit de son Évangile de la croix.
La lettre aux Galates peut, elle aussi, nous interpeller car la question qui préoccupait les Galates est toujours actuelle. On sait que Paul leur avait prêché la liberté chrétienne mais la liberté peut faire peur… Bien sûr, la lettre aux Galates n’est pas facile à lire à cause des sujets traités et de l’émotivité de Paul. Mais une fois qu’on a compris la situation de crise vécue par les Églises de Galatie, on peut saisir la richesse du message : la justification par la foi en Jésus Christ et la liberté chrétienne.
Ces quelques exemples montrent que les lettres de Paul peuvent, aujourd’hui encore, éclairer notre cheminement de foi. Mais il y a aussi place pour une démarche communautaire. Nombreux sont les passages où l’apôtre livre ses perspectives d’une véritable communauté chrétienne. Nos rencontres d’équipe, nos ressourcements communautaires pourraient s’alimenter de son expérience. De façon particulière les appels à la mutualité que nous lance l’expression « les uns les autres », nous stimuleront à développer une véritable expérience fraternelle. À elle seule, cette exhortation de Paul aux Philippiens ne cesse de nous relancer.
« S’il est vrai que, dans le Christ, on se réconforte les uns les autres, on s’encourage dans l’amour, on est en communion dans l’Esprit, on a de la tendresse et de la pitié, alors, pour que ma joie soit complète, ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments; recherchez l’unité. Ne soyez jamais intrigants ni vantards, mais ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de lui-même, mais plutôt des autres » (Phil 2,1-4).
Mes chères collaboratrices, mes chers collaborateurs, j’ai peut-être été long. Mais il n’est pas simple d’aborder en quelques pages une expérience aussi riche, aussi intense que celle de Paul. Je souhaite simplement que ces réflexions aient suscité en vous le désir d’approcher avec plus de profondeur ce témoin de foi unique. En finale, sa mission, comme celle de tout baptisé, est d’être serviteur, « serviteur du Christ Jésus » (1Rm 1,1) pour que son nom soit connu de tous, et aussi serviteur des frères et sœurs auxquels il a voulu s’identifier. « Nous ne sommes, nous, que vos serviteurs, à cause de Jésus » (2 Cor 4,5).
En vous assurant de mon amitié « dans la tendresse de Jésus Christ » je prie l’Esprit Saint de vous accompagner tout au long de cette année paulinienne.
† Raymond St-Gelais
Évêque de Nicolet
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