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Version imprimable de la lettre pastorale
Mes chères collaboratrices, mes chers collaborateurs,
L’année sacerdotale nous permet d’évoquer avec tendresse et reconnaissance le merveilleux don que sont les prêtres pour notre Église. Grâce à Dieu, ils ont été nombreux chez-nous. Pour chacun, nous sommes témoins d’une véritable histoire d’amour. L’appel libre et personnel de Dieu est à l’origine d’une réponse fidèle et généreuse. Au plus profond de son cœur, chaque prêtre a porté cette parole douce et libératrice : « Ce n’est pas toi qui m’as choisi, c’est moi qui t’ai choisi et institué pour que tu ailles, que tu produises du fruit et que ton fruit demeure » (cf. Jn 15,16).
HOMMAGE À NOS PRÊTRES
La charité pastorale est sans doute le fruit qui a caractérisé le ministère de nos prêtres. Elle s’est déployée de multiples façons. Hier comme aujourd’hui, l’Eucharistie en demeure la source et le sommet. Dans les paroisses, les aumôneries, les mouvements, la Parole de Dieu partagée a favorisé la croissance de la foi. Et que dire de l’accueil des personnes, particulièrement les personnes appauvries, celles qui attendent la consolation dans l’épreuve ou cherchent un sens à leur vie! C’est donc l’émerveillement qui jaillit de notre cœur. À chacun de nos prêtres, nous exprimons notre plus vive gratitude pour le don de leur vie, fidèle, discret et quotidien, au service de Jésus Christ et de leurs frères et leurs sœurs.
Ici, ma pensée se porte de façon toute spéciale sur nos prêtres à la retraite. Je tiens à leur exprimer mon admiration et ma reconnaissance pour ce qu’ils ont été et continuent d’être dans notre Église. Âgés, ils demeurent des veilleurs et continuent de servir, de façon particulière par l’offrande spirituelle de leur vie unie à l’offrande même de Jésus Souverain Prêtre. Oui, vraiment, je rends grâces à Dieu pour les merveilles d’amour qu’il a réalisées en vous et par vous, mes chers confrères. Au moment où nous célébrons le 125e anniversaire de notre diocèse, il est important de le souligner et de vous rendre un hommage bien mérité.
Mais si nous avons connu l’abondance, aujourd’hui la situation a bien changé. Notre presbyterium compte présentement 20 prêtres de moins de 60 ans, dont 7 en bas de 50. Plus que jamais se fait pressante l’invitation de Jésus : « Priez le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson » (Mt 9,38). Or le 25 avril prochain, nous célébrerons la journée mondiale de prière pour les vocations. Ce dimanche nous permettra de faire monter en Église une intense supplication vers le Maître de la moisson.
À LA SOURCE DE NOTRE PRIÈRE, UN INTENSE DÉSIR
Ici me revient cette réflexion de saint Augustin : « Dieu sait ce qui nous est nécessaire avant que nous le lui demandions. Alors, pourquoi nous exhorte-t-il à la prière continuelle? Cela pourrait nous étonner, mais nous devons comprendre que Dieu notre Seigneur ne veut pas être informé de notre désir, qu’il ne peut ignorer. Mais il veut que notre désir s’excite par la prière, afin que nous soyons capables d’accueillir ce qu’il s’apprête à nous donner » (Lettre à Proba sur la prière).
« Il veut que notre désir s’excite par la prière ». C’est dire qu’à la source de notre prière, il y a le désir de voir naître de nombreuses vocations. Bien sûr, nous sommes témoins des multiples engagements que l’Esprit suscite au sein du Peuple chrétien, et il y a là une réelle source d’espérance. Mais en cette journée mondiale de prière, nous sommes invités à sonder notre cœur et nous demander si nous sommes toujours habités du désir de voir naître des vocations presbytérales pour la vie et la mission de notre Église.
Mais il faut bien le reconnaître, la conjoncture actuelle risque de refroidir notre désir, car nous avons l’impression que l’avenir est plutôt bloqué. D’une part, nous sommes témoins du vieillissement des prêtres. D’autre part, il n’y a pas de relève au Grand Séminaire et nous sommes bien conscients que les jeunes générations ne baignent plus dans une culture chrétienne. En pareil contexte la tentation est forte de baisser les bras et de sombrer dans une triste résignation. C’est comme si on devait désormais s’accommoder d’une Église sans prêtre.
UN TÉMOIN D’ESPÉRANCE
En pareil contexte, il est bon d’évoquer la figure du prophète Jérémie. Même s’il a vécu sept siècles avant notre ère, il demeure un témoin qui peut nous inspirer par la passion qui a sans cesse relancé son engagement dans un contexte souvent dramatique. Son témoignage nous rejoint d’autant plus qu’il a vécu dans une période qui, à plus d’un point de vue, ressemble à celle que connaît notre Église. Comme lui, nous faisons l’expérience de nos fragilités, de nos désillusions, de nos pauvretés.
Jérémie a vraiment vécu dans un temps de crise. Son peuple est menacé par les puissances étrangères. Avec lucidité, il se rend bien compte que le peuple va vers sa ruine. Cette situation le bouleverse et tel une sentinelle, il ne cesse d’alerter les siens. Il cherche à les sortir de leurs fausses sécurités. Mais il se bat presque seul au milieu d’un peuple condamné à l’exil.
Pourtant Jérémie ne baisse pas les bras. Il ne sombre pas dans le pessimisme. Le feu qui l’habite ne lui laisse pas de repos. Il puise sa force dans son dialogue intérieur avec Dieu, même si à certaines heures ce dialogue prend l’allure d’un combat. Progressivement, il est amené à pénétrer plus à fond le mystère de Dieu et le projet d’alliance qu’il nourrit avec son peuple. Expérience que traduit bien cette déclaration amoureuse : « D’un amour éternel, je t’ai aimé. Aussi t’ai-je maintenu ma faveur. De nouveau je te bâtirai et tu seras rebâti, vierge d’Israël » (Jr 31,3-4).
Jérémie est le premier qui parle d’une alliance nouvelle; il entrevoit une sorte de résurrection dans le cadre d’une nouvelle alliance avec Dieu. Et cette fois, Dieu va écrire l’alliance non sur des tables de pierre, mais dans le cœur même de son peuple (Jr 31,13-33). Au-delà de la déportation, il y aura le retour de l’exil; au-delà de la destruction du Temple, au-delà de la ruine de Jérusalem, il y aura une vie nouvelle. Jérusalem deviendra la lumière pour Israël et les nations. Vraiment, Jérémie nous émerveille par son humanité, par son courage et la passion qui lui permettent de vivre à fond la mission que Dieu lui confie.
UNE ATTITUDE PROPHÉTIQUE
Surtout, l’expérience de Jérémie relance notre espérance. Il nous aide à saisir que l’appel au ministère presbytéral peut revêtir un caractère prophétique. Au cœur même des doutes et des tentations de démission qui nous assaillent, la parole du psalmiste nous interpelle : « Pourquoi te replier sur toi-même? Espère en Dieu » (Ps 42,5). Retrouver le primat de Dieu, tel est bien l’appel qui nous est lancé. N’est-il pas le Dieu de l’impossible?
Notre élan, nous le puiserons dans une expérience de Dieu constamment alimentée dans la prière et la Parole de Dieu. Notre Dieu est le Dieu de la vie, le Dieu qui ne cesse d’ouvrir des perspectives d’avenir. Il marche toujours à notre tête et il continue d’appeler. À la fête de Pâques, nous célébrons le passage de la mort à la vie, du doute à la confiance, du regard sombre au cœur réchauffé par la rencontre du Ressuscité (cf. Lc 24,13-35). Oui, Jésus est vivant! Il nous accompagne toujours dans notre cheminement ecclésial. Et sa promesse demeure : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (Mt 28,20).
À notre dernier ressourcement du Carême, notre personne-ressource, Sœur Lorraine Caza, nous a présenté l’objet de l’espérance comme un bien futur, difficile d’accès… mais possible à atteindre parce que nous pouvons compter sur l’assistance de quelqu’un, sur la grâce de Dieu. Ce qui suppose une attitude d’ouverture à ce qui n’est pas encore là. D’où la nécessité d’accorder beaucoup d’importance aux paroles de promesse.
L’histoire du Peuple de Dieu est jalonnée de promesses. Dieu n’a cessé d’engager sa fidélité et il a toujours tenu promesse. Jésus en est le témoin par excellence. Ce qui appelle une réponse de foi, de grande confiance, tout comme celle de Pierre lorsque Jésus l’invite à avancer en eau profonde et à jeter les filets. Telle est bien la sagesse de Dieu, porter au monde une espérance malgré les vents contraires. Illuminés par l’Esprit du Ressuscité, nous portons au cœur la certitude qu’un monde nouveau est encore possible.
Quelle figure aura notre Église? Nous ne saurions dire. Mais une chose est certaine, Dieu demeure fidèle à l’alliance scellée dans le sang du Christ et, au cœur de l’Église, le prêtre aura toujours la mission d’en célébrer le mémorial dans l’Eucharistie. Aussi laisserons-nous monter vers le Bon Pasteur une prière communautaire fervente afin d’exciter en nous le désir que notre Église « ne manque pas de prêtres saints qui portent à tous les fruits de sa mort et de sa résurrection » (Jean-Paul II).
Or l’année sacerdotale nous permet de souligner de façon particulière la journée mondiale de prière pour les vocations. Ce jour-là, dans les jours qui suivent ou qui précèdent, je demande qu’en paroisse, en unité ou en zone pastorale, soient offertes une soirée de prières. Ainsi nous ferons front commun en faisant monter une ardente supplication communautaire vers le Maître de la moisson.
À cet effet, je joins à cette lettre le déroulement d’une vigile que vous pourrez reproduire selon vos besoins. De plus vous recevez gratuitement un certain nombre de cartes – prière pour les vocations presbytérales. Je formule le vœu qu’à l’avenir cette prière soit récitée dans nos églises à chacune des messes, le dimanche et les jours de semaine. Si vous désirez d’autres exemplaires de la prière, vous pourrez en faire la demande aux services diocésains au montant de 25 sous chacune.
Oui il est prophétique d’espérer des prêtres! Laissons jaillir dans notre prière l’intensité de notre désir!
† Raymond St-Gelais
évêque de Nicolet
Vigile de prière pour souligner l'année sacerdotale lors du dimanche des vocations 2010
Prière pour les vocations presbytérales
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